L’attrape peur

L’attrape peur


Lenny se cache derrière les sapins
Sa pierre dorée blottie dans la main
Elle lui fredonne des pays reculés
Où les êtres se parlent sans se déchirer

Là-bas de la cuisine
Des cris ont déboulé
Jusque sous les épines
Où il s’est allongé
Lenny serre sa pierre
Et sa peur s’y terre

Lenny s’avance, marche dans la cour
Des enfants dansent, parlent tout autour
Sa pierre lui lance des chemins étoilés
Où ses pas se glissent sans jamais trébucher

Là-bas du fond de la cour
Des coudes ont déboulé
Une pluie de cris sourds
Un ballon, mille pieds
Lenny serre sa pierre
Et sa peur s’y terre

Dans la classe, toutes ces nouvelles lettres
Petit à petit ont enchanté sa tête
Ça tourbillonne de files de mots
Comme les feuilles mortes sous le préau

Là-bas du fond de la cour
Des coudes ont déboulé
Une pluie de cris sourds
Un ballon, mille pieds
Lenny les regarde,
Lenny les regarde passer

Les mots, des phrases, des livres par milliers
Des savoirs étincelants, des pistes insensées
Des forêts de sapins aux dernières galaxies
Le monde s’ouvre et la peur s’enfuit
Le monde s’ouvre et la peur s’enfuit

La forêt s’ensommeille dans la nuit qui approche
La chaleur du soleil doucement s’effiloche
Lenny emprunte le chemin creux
Qui mène jusqu’au cèdre bleu

Là où son grand-père lui avait ramassé
Cet attrape peur au reflet mordoré
Lenny dépose sa pierre

Il n’a plus peur


Christine Lemoine : Texte et musique
Philippe Tassel : Photos – Cèdre bleu de l’Atlas du parc de la vallée aux loups
Janvier 2022 © Tous droits réservés